3ème-2nde - Textes

Virgile, l'Énéide (I, 1-7)

Le proème : les 7 premiers vers de l'Énéide.

Réponse immédiate

Arma virumque cano : traduction

Arma virumque canō, Trōiae quī prīmus ab ōrīs…

« Je chante les armes et l'homme qui, le premier, des rivages de Troie… »

C'est une traduction de travail du début du vers 1. Les sept vers complets, leur traduction et l'analyse des formes sont détaillés ci-dessous pour vérifier les choix de sens.

L'œuvre et son auteur

Auteur

Publius Vergilius Maro (70-19 av. J.-C.)

Œuvre

Aenēis — 12 livres, ~10 000 hexamètres dactyliques

Date

29-19 av. J.-C. (inachevée à la mort de Virgile)

Contexte politique

Composition sous Auguste — portée politique importante, mais interprétation à nuancer

I-VIL'Odyssée d'Énée

Voyages d'Énée de Troie à l'Italie. Tempête, Carthage (Didon), descente aux Enfers.

VII-XIIL'Iliade d'Énée

Guerres en Italie contre Turnus. Fondation de Lavinium. Mort de Turnus.

Le proème (vers 1-7) — texte complet

Arma virumque canō, Trōiae quī prīmus ab ōrīs

Ītaliam, fātō profugus, Lāvīniaque vēnit

lītora, multum ille et terrīs iactātus et altō

vī superum, saevae memorem Iūnōnis ob īram,

multa quoque et bellō passus, dum conderet urbem

īnferretque deōs Latiō, genus unde Latīnum

Albānīque patrēs atque altae moenia Rōmae.

Vers 1

Arma virumque canō, Trōiae quī prīmus ab ōrīs

Je chante les armes et l'homme qui, le premier, des rivages de Troie,

ArmaAcc. pl. neutre (2ème décl.) — COD de canō — les combats, la guerre
virumAcc. sg. (2ème décl.) — COD de canō — l'homme (Énée)
-queEnclitique = et (soudé au mot précédent)
canō1ère sg. prés. (3ème conj.) — je chante — verbe principal
TrōiaeGén. sg. (1ère décl.) — de Troie — compl. du nom ōrīs
quīNom. sg. m. — pronom relatif — qui (= Énée)
prīmusNom. sg. — adjectif apposé au sujet (le premier)
ab ōrīsAbl. pl. (1ère décl., ōra, -ae f.) — des rivages

Vers 2

Ītaliam, fātō profugus, Lāvīniaque vēnit

vint en Italie, exilé par le destin, et aux rivages de Lavinium,

ĪtaliamAcc. sg. — CC de direction (sans prép. avec noms de pays)
fātōAbl. sg. (2ème décl.) — CC de cause (par le destin)
profugusNom. sg. — adj. apposé au sujet (fugitif, exilé)
Lāvīnia...lītoraAcc. pl. neutre — CC de direction (rivages laviniens)
vēnit3ème sg. parfait (veniō, 4ème conj.) — il vint

Vers 3

lītora, multum ille et terrīs iactātus et altō

lui qui fut longtemps ballotté et sur terre et sur mer

multumAdverbe — beaucoup, longtemps
illeNom. sg. m. — pronom démonstratif (celui-ci, lui = Énée)
et...et...Corrélation — et... et... (à la fois... et...)
terrīsAbl. pl. (1ère décl.) — sur les terres
iactātusPart. parfait passif Nom. sg. (iactō, 1ère conj.) — ballotté, secoué
altōAbl. sg. (2ème décl., altum = la haute mer) — sur la haute mer

Vers 4

vī superum, saevae memorem Iūnōnis ob īram,

par la force des dieux d'en haut, à cause de la colère tenace de la cruelle Junon,

Abl. sg. (vis, 3ème décl. irrégulier) — par la force
superumGén. pl. (= superōrum, syncopé) — des dieux d'en haut
saevaeGén. sg. f. — adj. (cruelle) accordé avec Iūnōnis
memoremAcc. sg. — adj. accordé avec īram (tenace, qui se souvient)
IūnōnisGén. sg. (3ème décl.) — de Junon
ob īramPrép. + Acc. — à cause de la colère

Vers 5

multa quoque et bellō passus, dum conderet urbem

ayant aussi beaucoup souffert à la guerre, jusqu'à ce qu'il fondât une ville

multaAcc. pl. neutre — COD (beaucoup de choses)
quoqueAdverbe — aussi
bellōAbl. sg. (2ème décl.) — à la guerre
passusPart. parfait déponent Nom. sg. (patior, 3ème conj.) — ayant souffert
dum conderetConj. + subj. imparfait (condo, 3ème conj.) — jusqu'à ce qu'il fondât
urbemAcc. sg. (3ème décl.) — la ville (= Lavinium, puis Rome)

Vers 6

īnferretque deōs Latiō, genus unde Latīnum

et transportât ses dieux dans le Latium, d'où (sont issus) la race latine,

īnferretSubj. imparfait (īnferō) — et qu'il transportât
-queEnclitique = et
deōsAcc. pl. (2ème décl.) — les dieux (Pénates troyens)
LatiōDat. sg. (2ème décl.) — dans le Latium (ou dat. de direction)
genusNom. sg. neutre (3ème décl.) — la race, le peuple
undeAdverbe relatif — d'où
LatīnumNom. sg. neutre — adjectif accordé avec genus

Vers 7

Albānīque patrēs atque altae moenia Rōmae.

les pères Albains et les murs de la haute Rome.

Albānī patrēsNom. pl. — les pères Albains (fondateurs d'Albe)
atqueConjonction — et (plus fort que et)
altae RōmaeGén. sg. (1ère décl.) — de la haute Rome
moeniaNom. pl. neutre (3ème décl.) — les murs, les remparts

Thèmes du proème

Le fatum (destin)

Le proème inscrit le voyage d'Énée dans un destin qui le dépasse. Le poème fait ainsi dialoguer choix individuels, épreuves et avenir collectif.

La pietas

La pietas renvoie aux devoirs envers les dieux, la famille et la communauté. L'Énéide montre aussi le coût humain de ces devoirs, notamment dans l'épisode de Didon.

La colère de Junon

La colère de Junon constitue l'un des grands obstacles divins au voyage d'Énée. Le poème en donne plusieurs motifs qu'il faut lire dans leur contexte narratif.

Rome et l'horizon augustéen

L'Énéide relie le destin d'Énée aux origines de Rome et a été composée sous Auguste. Sa portée politique est importante, mais le poème ne se réduit pas à un simple message de propagande.

Virgile et Homère : comparaison

Incipit

Homère

"Dis-moi, Muse, l'homme aux mille ruses" (Odyssée)

Virgile

"Je chante les armes et l'homme" (Énéide)

Virgile combine Iliade (arma) et Odyssée (virum)

Héros

Homère

Ulysse = rusé, individuel, humain

Virgile

Énée = pieux, collectif, fondateur

Énée sacrifie le bonheur individuel au destin collectif

Émotion

Homère

Joie des retrouvailles (Pénélope)

Virgile

Tristesse du devoir (Didon abandonnée)

L'Énéide est une épopée mélancolique

Latinus