Version Latine n°5
Virgile - Énéide, Livre IV
Virgile
70-19 av. J.-C.
Énéide
Épopée nationale
Livre IV
Didon et Énée
Expert
Niveau bac
Les derniers mots de Didon
Virgile, Énéide, IV, 651-658
Texte latin
Vixi et quem dederat cursum Fortuna peregi, et nunc magna mei sub terras ibit imago. Urbem praeclaram statui, mea moenia vidi, ulta virum poenas inimico a fratre recepi, felix, heu nimium felix, si litora tantum numquam Dardaniae tetigissent nostra carinae.
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Traduction
J'ai vécu et j'ai achevé la course que la Fortune m'avait donnée, et maintenant ma grande ombre ira sous la terre. J'ai fondé une ville illustre, j'ai vu mes remparts, j'ai vengé mon époux et reçu le châtiment de mon frère ennemi, heureuse, hélas trop heureuse, si seulement jamais les navires dardaniens n'avaient touché nos rivages.
Analyse grammaticale
« quem dederat cursum Fortuna »
Relatif de liaison ; dederat = plus-que-parfait de dare ; Fortuna personnifiée
« magna mei sub terras ibit imago »
mei = génitif de ego ; imago = l'ombre, le fantôme ; sub terras = vers les enfers
« ulta virum »
Participe parfait déponent de ulcisci (venger) ; virum = mon époux (Sychée)
« inimico a fratre »
Complément d'agent ; son frère Pygmalion qui tua Sychée
« si... tetigissent »
Subjonctif plus-que-parfait : irréel du passé (si seulement... n'avaient pas)
« Dardaniae carinae »
Dardaniae = troyennes (de Dardanus, ancêtre des Troyens) ; carinae = les navires (métonymie)
Vocabulaire poétique
Figures de style
Contexte mythologique
Didon, reine de Carthage, prononce ces mots avant de se donner la mort sur un bûcher. Abandonnée par Énée qui doit poursuivre sa mission divine vers l'Italie, elle fait le bilan de sa vie : la fondation de Carthage, la vengeance de son époux Sychée assassiné par son frère Pygmalion. Sa mort tragique préfigure les guerres puniques entre Rome et Carthage.
